«Dès lors, toutes les provisions qu’il possédait ont été réunies pour nourrir les assistants qui lui rendent les honneurs. Chacun a prononcé un discours à sa louange; ses parents les plus proches ont commencé les premiers, et son corps a été entouré de feu pour le faire dessécher.

«Quand les provisions seront finies, les étrangers quitteront la case, et il n’y restera plus que la veuve et quelques parents, qui attendront que le corps soit bien réduit et bien sec.

«Enfin, après quinze jours on le descendra dans un grand trou qui est sous sa maison; il sera mis dans une niche au-dessus de celles où sont déjà ses défunts parents, et ce sera fini.»

Ce trou, pensai-je, est semblable à celui dans lequel je suis descendu l’autre nuit à Laganguilan.

L’explication qui venait de m’être donnée me satisfit complétement, et je ne demandai pas à assister de nouveau à la cérémonie.

Je résolus, puisque j’étais fort bien assis à l’ombre d’un baletè, d’abuser de l’obligeance de mon guide, et je lui demandai, en changeant tout à coup de conversation, comment les tribus s’y prenaient pour faire la guerre aux Guinanès, ces mortels ennemis?

«Les Guinanès, me dit-il sans me faire attendre, portent les mêmes armes que nous. Ils ne sont ni plus forts, ni plus adroits, ni plus vigoureux.

«Nous avons deux manières de les combattre. Parfois nous leur livrons de grandes batailles en plein jour, et nous nous trouvons face à face sous le soleil; ou bien, la nuit, quand tout est sombre, nous nous approchons en silence des endroits qu’ils habitent; et alors si nous pouvons en surprendre quelques-uns, nous leur coupons la tête et nous l’emportons, pour avoir une fête semblable à celle que vous avez vue déjà.»

Ce mot de fête me rappela l’orgie sanglante à laquelle j’avais assisté, et surtout la part que j’y avais prise, et je me sentis rougir et pâlir tour à tour. L’Indien ne s’en aperçut pas, et continua.

«Dans les grands combats, tous les hommes d’un village sont forcés de prendre les armes et de marcher contre le village ennemi; c’est ordinairement au milieu des bois que se fait la rencontre des deux armées.