«Aussitôt qu’elles s’aperçoivent, des cris, des hurlements éclatent de toutes parts. Chacun s’élance sur son ennemi.
«De ce premier choc dépend la victoire, car l’une des armées a toujours peur et prend la fuite; l’autre alors la poursuit, et tue tout ce qu’elle peut atteindre, en ayant toujours le soin de couper les têtes et de les rapporter[5].»
C’est un combat de cache-cache, dont cependant les suites sont cruelles, pensais-je. Mon Indien me confirma dans mon idée en ajoutant:
«En général, les vainqueurs sont toujours ceux qui se cachent le mieux pour surprendre leurs ennemis, et qui fondent tout à coup sur eux en criant.»
Mon guide se tut. Le combat n’offrait pas d’autre intérêt. Puis, voyant que je ne l’interrogeais plus, il me quitta; et je retournai à mon habitation rejoindre Alila, qui s’ennuyait beaucoup à Manabo.
De mon côté, j’avais assez vu les Tinguianès; je crus d’ailleurs remarquer que le long séjour que je faisais chez eux semblait leur porter ombrage; je pensai à la fête des cervelles humaines, et me décidai à partir.
J’allai prendre congé des vieillards.
Malheureusement, je n’avais rien à leur donner; mais je leur promis beaucoup de présents quand je serais de retour chez les chrétiens, et je les quittai.
La satisfaction de mon lieutenant était à son comble lorsque nous nous mîmes en route.
Je ne voulus pas repasser par où j’étais venu, et me décidai à prendre plus à l’est en traversant les montagnes et me laissant diriger par le soleil.