Malgré cette difficulté, je voulus voir l’intérieur, et fis signe à mon lieutenant de veiller; puis je m’introduisis dans la cabane.
Les Igorrotès furent très-surpris de mon action, mais ils ne cherchèrent pas à m’empêcher de l’accomplir.
J’entrai dans une espèce de bouge infect. Une petite ouverture au sommet du toit donnait un peu de jour, et laissait la fumée de l’âtre s’échapper. Le sol était jonché de poussière: c’est sur cette douce couche que reposait sans doute la famille. Dans un coin je pus distinguer quelques lances de bambou, quelques noix de coco divisées et servant de vase, un petit tas de cailloux ronds qui étaient là pour servir de défense en cas d’attaque, et quelques morceaux de bois grossièrement travaillés qui servaient d’oreillers.
Je sortis promptement de cette tanière, l’odeur infecte qu’on y respirait m’en chassa; d’ailleurs j’avais tout vu.
Je demandai par signes à l’Igorrotè quelle route je devais suivre pour rejoindre les chrétiens; il me comprit, m’indiqua le chemin avec son doigt, et nous partîmes pour continuer notre voyage.
Je remarquai, en passant, quelques champs de patates et de cannes à sucre; c’était sans doute la seule culture de ces malheureux sauvages.
Après avoir cheminé pendant une heure, nous faillîmes courir un grand danger. A notre entrée dans une vaste plaine, nous vîmes un Igorrotè qui s’enfuyait à toutes jambes; il nous avait aperçus, et j’attribuais cette fuite à la peur, lorsque tout à coup nous entendîmes le bruit du tam-tam et de la conge, et vîmes vingt hommes armés de lances qui venaient vers nous.
Je compris que nous allions avoir à combattre, et je dis à mon lieutenant de faire feu sur le groupe, en ayant bien soin de n’atteindre personne.
Alila tira; sa balle passa par-dessus les têtes des sauvages, qui furent si étonnés du bruit causé par la détonation, qu’ils s’arrêtèrent subitement et nous examinèrent attentivement.
Je profitai prudemment de leur surprise; et une immense forêt s’offrant à notre droite, nous y entrâmes en laissant le village à gauche; les sauvages heureusement ne nous suivirent pas.