Mon lieutenant n’avait pas soufflé le mot pendant toute cette scène.

J’avais déjà remarqué plusieurs fois qu’il devenait muet pendant le danger.—Quand nous eûmes perdu de vue les Igorrotès, la parole lui étant revenue:

«Maître, me dit-il d’un ton mécontent, combien j’ai de regret de n’avoir pas tiré juste au milieu de ces mécréants!...

«—Pourquoi cela? lui demandai-je.

«—Parce que je suis sûr que j’en aurais tué un.

«—Eh bien?

«—Eh bien, maître, au moins notre voyage ne se serait pas terminé sans que nous eussions envoyé au diable un sauvage.

«—Ah! Alila, lui dis-je, tu es donc devenu méchant?

«—Non, maître, répondit-il; mais je ne sais pas pourquoi vous êtes si bon pour cette race maudite... vous qui poursuivez les Tulisanès[1], qui valent cent fois mieux, et qui sont chrétiens.

«—Comment, m’écriai-je, des bandits, des voleurs, des assassins, valent mieux que de pauvres êtres primitifs qui n’ont personne pour les guider dans le bien?