Le souvenir de ma femme que j’avais laissée à Manille, et qui était loin de me croire chez les Igorrotès, me faisait désirer de revenir le plus tôt possible dans ma famille.

Absorbé dans mes pensées, entraîné par mes réflexions, je marchais silencieusement, sans jeter cette fois les yeux sur la végétation qui étalait ses riches trésors à nos côtés.

Il fallait que je fusse bien préoccupé, car une forêt vierge entre les tropiques, et surtout aux Philippines, n’est en rien comparable à nos forêts d’Europe.

Le bruit d’un torrent vint me rappeler le lieu où je me trouvais, et je saluai la nature dans ses gigantesques productions.

Je regardai au-dessus de moi, et j’aperçus un immense balèté, figuier extraordinaire qui croît dans les sombres et mystérieuses forêts des Philippines. Je m’arrêtai pour admirer le balèté.

Cet arbre immense provient d’une graine semblable à celle de la figue ordinaire; son bois est blanc et spongieux, il acquiert en peu d’années une croissance extraordinaire.

La nature, qui a tout prévu, qui permet au jeune agneau de laisser sa laine aux buissons du chemin pour que l’oiseau timide puisse la dérober et en former un nid, s’est montrée dans tout son génie en faisant grandir le figuier des Philippines.

Les branches de cet arbre partent généralement de son tronc, s’étendent horizontalement, et forment un coude pour s’élever ensuite perpendiculairement; mais, ainsi que je l’ai dit déjà, l’arbre est spongieux, facile à se rompre; et lorsque la branche, en formant sa courbe, est trop faible, elle se casserait infailliblement, si un fil que les Indiens appellent goutte d’eau ne s’échappait de l’arbre pour aller prendre racine en terre, et, grossissant en raison de la branche, lui former un étai vivant.

Ensuite, autour du tronc s’étendent, à une très-grande distance du sol, des supports naturels qui vont se terminer en pointe vers le milieu du tronc. Le grand architecte de l’univers a tout prévu.

Le coup d’œil qu’offre le balèté est souvent d’un pittoresque indescriptible.