Aussi, le croirait-on? dans un espace de quelques centaines de pas de diamètre, espace qu’occupent d’ordinaire ces gigantesques figuiers, on voit tour à tour des grottes, des vestibules, des chambres, qui souvent sont meublées de siéges naturels formés par des racines.
Nulle végétation n’est plus variée ni plus extraordinaire.
Cet arbre pousse parfois sur un rocher où il n’y a pas un pouce de terre; ses longues racines s’étendent sur le sol du rocher, le contournent, et vont se plonger dans le ruisseau voisin. C’est un chef-d’œuvre, bien commun cependant dans les forêts vierges des Philippines.
«—Voici un bon endroit pour passer la nuit, dis-je à mon lieutenant.»
Il recula de plusieurs pas.
«—Comment, dit-il, est-ce que vous voulez vous arrêter ici, maître?
«—Certainement, répondis-je.
«—Ah! mais vous ne voyez donc pas que nous y sommes beaucoup plus en danger qu’au milieu des Igorrotès?... »
«—Pourquoi donc sommes-nous en danger? demandai-je...
«—Pourquoi? pourquoi? Ne savez-vous donc pas que c’est dans les grands balètés qu’habite le Tic balan[2]? Si nous restons ici, vous êtes bien sûr que je ne dormirai pas un instant, et que toute la nuit nous serons tourmentés... »