Je souris; mon lieutenant vit mon sourire.
«—Oh! maître, dit-il tristement, que voulez-vous que nous fassions sur un esprit qui ne craint ni la balle, ni le poignard?»
L’effroi du pauvre Tagal était trop grand pour que je lui résistasse; je cédai, et nous allâmes nous abriter dans un lieu beaucoup moins à mon goût, mais bien plus à celui d’Alila.
Notre nuit se passa comme toutes les autres, c’est-à-dire parfaitement bien; nous nous réveillâmes pour reprendre notre course dans la forêt.
Il y avait deux heures que nous marchions, lorsqu’au sortir du bois pour entrer en plaine nous nous trouvâmes face à face avec un Igorrotè, monté sur un buffle.
La rencontre était assez curieuse. Je présentai le canon de mon fusil au sauvage, mon lieutenant saisit la monture par la longe, et je fis signe à l’Igorrotè de ne pas bouger; puis, toujours en mimant, je m’informai s’il était seul.
Je compris qu’il n’avait pas de compagnon de route et qu’il se rendait au nord, à l’opposé de nous.
Alila, qui décidément en voulait aux sauvages, désirait tirer un coup de fusil à celui-là et lui loger une balle dans la tête; je m’opposai vigoureusement à ce projet, et lui dis de lâcher le buffle.
«—Maître, dit-il, voyons au moins ce que renferment les vases que voici!»
L’Igorrotè avait attaché sur le col de son buffle trois ou quatre vases, recouverts de feuilles de bananier.