Le pêcheur s’arrêta. Je ne voulus pas interrompre ce moment de méditation. Il s’établit alors un profond silence, qui dura quelques instants.

Tout à coup Re-Lampago sembla sortir d’un songe, il passa la main sur son front, nous regarda comme pour s’excuser de ce moment d’absence, et continua:

«Nous avions été élevés ensemble, dit-il, et nous nous étions fiancés aussitôt que nous avions grandi. Thérésa serait morte plutôt que d’appartenir à un autre, et, ainsi que je le prouverai bientôt, j’eusse accepté toutes les conditions, même les plus défavorables, pour ne pas quitter l’amie de mon cœur.

«Hélas! dans la vie c’est presque toujours avec ses larmes que l’on trace son pénible chemin.

«Les parents de Thérésa s’opposaient à notre union; ils alléguaient toujours de vains prétextes, et, quels que fussent mes efforts pour les décider à m’accorder la main de ma fiancée, je ne pouvais y parvenir.

«Pourtant ils savaient bien que, semblables aux palmiers, nous ne pouvions vivre l’un sans l’autre, et que nous séparer c’eût été nous faire mourir! Mais nos pleurs, nos prières, nos douleurs ne trouvaient que des gens insensibles, et nous souffrions sans que personne comprît nos souffrances.

«Je commençais à me décourager, lorsqu’un matin la pensée pieuse me vint d’offrir à l’enfant Jésus de l’église de Zébu la première perle que je pêcherais.

«Je me rendis plus tôt que je n’avais coutume de le faire aux bords de la mer, et j’invoquai tout haut le Seigneur pour qu’il me protégeât et que l’on m’unît à ma Thérésa.

«Le soleil commençait à lancer ses feux sur la terre. Il dorait la surface argentée des eaux; la nature s’éveillait, et chaque être vivant chantait dans son langage un hymne au Créateur.

«Le cœur ému, je commençai à plonger pour retirer du fond de la mer la perle que je désirais si ardemment; mes recherches furent d’abord infructueuses.