«Si quelqu’un eût été à côté de moi en ce moment, il eût vu sur ma physionomie mon désappointement. Cependant je ne perdis pas courage. Je recommençai, mais sans être plus heureux.
«O Seigneur! m’écriai-je, vous n’entendez donc pas ma prière? Vous ne voulez donc pas pour votre fils bien-aimé l’offrande que je lui destine[1]?
«Je plongeai pour la sixième fois, et je rapportai du fond de la mer deux énormes huîtres; mon cœur bondit de joie.
«J’ouvris l’une, et j’y trouvai une perle si belle, que de ma vie je n’en avais vu de pareille. Ma joie fut si grande, que je me mis à danser dans ma pirogue, comme si j’avais perdu la raison. Le Seigneur daignait me protéger, puisqu’il me mettait à même d’accomplir mon vœu.
«Le cœur tout joyeux, je m’en retournai chez moi, et, ne voulant pas manquer à ma parole, je portai chez M. le curé de Zébu cette belle perle.
«—M. le curé, reprit le vieux pêcheur, fut enchanté de mon présent. Cette perle vaut 5,000 piastres[2], et vous avez dû l’admirer comme toutes les personnes qui vont prier dans l’église, car l’enfant Jésus la tient toujours à la main. Le curé me remercia, et me félicita de ma bonne pensée.
«—Va, mon ami, me dit-il, le ciel te tiendra compte de ce désintéressement et de cette bonne action, et tôt ou tard tes vœux seront exaucés.
«Je sortis de chez le saint homme l’âme toute contente, et je courus dire à Thérésa les bonnes paroles du pasteur.
«Nous nous réjouîmes, comme deux enfants que nous étions.
«Ah! la jeunesse a reçu de Dieu tous les priviléges: elle a reçu surtout l’espérance. A vingt ans, si le cœur croit devoir espérer, tous les chagrins s’envolent; et comme la brise du matin boit les gouttes d’eau laissées par l’orage dans le calice des fleurs, de même l’espoir sèche les larmes qui roulent dans les yeux, et chasse les soupirs qui gonflent la poitrine et l’oppressent.