Cette première émotion passée, que de questions ne lui adressai-je pas!
Aucune personne de la famille ne fut oubliée. Les moindres petits détails qui avaient rapport à ces êtres chéris étaient pour moi d’un grand intérêt.
Nous passâmes le reste de la journée et toute la nuit suivante dans une continuelle et intéressante conversation; le lendemain, nous partîmes pour Jala-Jala.
Henri avait hâte de connaître sa belle-sœur, et moi de faire partager à cette chère compagne tout mon bonheur.
Bonne Anna, ma joie était de la joie pour toi; mon bonheur, pour toi du bonheur! Tu reçus Henri comme un frère, et cette amitié fraternelle fut toujours chez toi aussi sincère que ton affection pour moi.
Après quelques jours écoulés dans de douces causeries sur la France et tout ce qu’elle renfermait de cher à nos cœurs, quelques sentiments de tristesse que j’avais peine à réprimer vinrent se mêler à ma joie.
Je pensais à notre nombreuse famille, si éloignée et disséminée sur le globe.
Le plus jeune de mes frères, hélas! était mort à Madagascar.
Robert, le cadet, habitait Porto-Rico, et mes deux beaux-frères, tous deux capitaines au long cours, faisaient continuellement des voyages aux grandes Indes.
Pauvre mère! pauvres sœurs! seules, sans appui, sans soutien, que de douloureux moments de crainte et d’inquiétude ne deviez-vous pas passer dans votre solitude! J’aurais voulu vous avoir près de moi; mais, hélas! un monde entier nous séparait, et l’espoir seulement de vous revoir un jour dissipait les nuages qui obscurcissaient parfois ces jours heureux embellis par la présence de mon frère.