Après quelque temps de repos, Henri voulut partager mes travaux; je l’eus bientôt mis au courant de mon exploitation, et il se chargea du détail des plantations et des récoltes.

Moi, je me réservai le gouvernement de mes Indiens, le soin des troupeaux, et celui de poursuivre les bandits à outrance.

J’avais souvent maille à partir avec ces turbulents Indiens; avec eux j’étais continuellement en lutte, mais je ne me vantais pas de tous les petits combats où j’étais souvent obligé de prendre la part la plus active.

Je recommandais au contraire sévèrement le silence à mes gardes; je ne voulais pas donner de l’inquiétude à ma bonne Anna, et à mon frère le désir de m’accompagner; je n’aurais pas voulu l’exposer aux dangers que je courais moi-même; je n’avais point la même confiance pour lui que pour moi; je me fiais à mon étoile, et, modestie à part, jusqu’à un certain point je crois que les balles des bandits me respectaient.

Lorsqu’il s’agissait de petits combats en rase campagne, de quelques escarmouches, le danger n’était pas grand. Mais c’était bien autre chose lorsqu’il fallait lutter corps à corps, ce qui m’est arrivé plus d’une fois; et je cède au plaisir de rappeler ici l’une de ces circonstances qui tout à l’heure me faisaient dire que les balles des bandits me respectaient.

Un jour, seul avec mon lieutenant, n’ayant tous deux pour toute arme que nos poignards, nous revenions à l’habitation en traversant une épaisse forêt située au fond du lac. Alila me dit:

«Maître, nous sommes dans les parages fréquentés par Cajoui

Or, Cajoui était un chef de brigands des plus redoutables.

Dans ses nombreux méfaits, il s’était amusé à noyer, le même jour, une vingtaine de ses compatriotes.

J’avais à cœur de purger le pays d’un pareil assassin, et l’avis de mon lieutenant me fit prendre un petit sentier qui nous conduisit à une case cachée au milieu des bois.