Je dis à Alila de rester en bas, et de veiller pendant que j’irais reconnaître les personnes qui l’habitaient. Je montai par la petite échelle qui conduit à l’intérieur des cabanes tagales; une Indienne y était seule, occupée à tresser une natte. Je lui demandai du feu pour allumer mon cigare, et je revins trouver mon lieutenant.

Ayant jeté les yeux par hasard sur l’extérieur de la case, elle me sembla beaucoup plus grande qu’elle ne m’avait paru dans l’intérieur.

Je remontai précipitamment, je regardai tout autour de la chambre où était la jeune fille, et j’aperçus au fond une petite porte masquée par une natte: je la poussai brusquement, et au même instant Cajoui, qui m’attendait derrière avec sa carabine, me lâcha son coup à bout portant.

Le feu, la fumée, m’aveuglèrent, et, par un hasard inconcevable, la balle effleura mon vêtement sans me blesser.

Alila, qui savait que je n’avais pas d’arme à feu, entendant la détonation, me crut mort.

Il se précipita au haut de l’escalier, me trouva entouré d’un nuage de fumée, le poignard à la main, cherchant mon ennemi, qui, me voyant encore sur pied après son coup de feu, crut sans doute que j’avais sur moi de l’anten-anten, certaine oraison diabolique qui, d’après la croyance indienne, rend l’homme invulnérable à toutes les armes à feu.

La peur alors s’était emparée du bandit; il s’était précipité par une fenêtre, et se sauvait à toutes jambes à travers la forêt.

Alila ne pouvait pas croire à ce qui venait de m’arriver; il me tâtait par tout le corps pour s’assurer que la balle ne m’avait pas traversé.

Après s’être bien convaincu que je n’avais aucune blessure, il me dit:

«Maître, si vous n’aviez pas de l’anten-anten, vous seriez mort!»