Mes Indiens ont toujours cru que j’étais possesseur de ce secret et de bien d’autres.
Par exemple, comme ils me voyaient souvent passer vingt-quatre, même trente-six heures sans boire et sans manger, ils étaient persuadés que je pouvais vivre ainsi indéfiniment; et un jour, un bon curé tagal, chez lequel je me trouvais, se mit presque à genoux pour que je lui communiquasse la faculté que j’avais, disait-il, de vivre sans aliments.
Les Tagals ont conservé toutes leurs vieilles superstitions.
Cependant, grâce aux Espagnols, ils sont tous chrétiens; mais ils comprennent cette religion à peu près comme des enfants, et croient que d’assister, les fêtes et dimanches, aux offices divins, se confesser et communier une fois l’année, cela suffit pour la rémission de tous leurs péchés.
Une petite anecdote qui m’est arrivée suffira pour faire connaître comment ils comprennent la charité évangélique.
Deux jeunes Indiens avaient un jour volé des volailles à un de leurs voisins, et ils étaient venus les vendre à mon majordome pour une douzaine de sous.
Je les fis venir devant moi, pour leur faire une réprimande et les punir.
Dans leur naïveté, ils me répondirent:
«C’est vrai, maître, nous avons mal fait, mais nous ne pouvions pas faire autrement; nous communions demain, et nous n’avions pas d’argent pour prendre une tasse de chocolat.»
C’est un usage que la tasse de chocolat après la communion, et c’était pour eux un plus grand péché d’y manquer que de commettre le petit larcin dont ils s’étaient rendus coupables.