Je reprends mon récit au moment où mon lieutenant venait de m’assurer que j’avais de l’anten-anten, et que par conséquent je ne pouvais pas être blessé par un coup de feu.
Il s’adressa ensuite à la jeune fille qui était restée dans son coin, plus morte que vive.
«—Ah! maudite créature, lui dit-il, tu es la concubine de Cajoui; à présent, c’est à toi que nous allons avoir affaire!»
Et au même instant il s’avança vers elle avec son poignard à la main; je me précipitai entre lui et cette pauvre fille, car je le savais homme à tuer quelqu’un, surtout lorsque j’avais été attaqué de manière à courir un danger.
«—Malheureux! lui dis-je, que vas-tu faire?
«—Pas grand’chose, maître: couper les cheveux et les oreilles à cette vilaine femme, et l’envoyer dire à Cajoui que nous le rejoindrons bientôt.»
J’eus beaucoup de peine à l’empêcher d’exécuter son projet.
Il me fallut pour cela user de toute mon autorité et lui permettre de brûler la case, après que la jeune fille tout effrayée se fut, grâce à ma protection, sauvée dans la forêt.
Mon lieutenant avait raison de faire dire à Cajoui que nous le rejoindrions.
Quelques mois après, à plusieurs lieues de l’endroit où nous avions mis le feu à sa case, un jour que trois hommes de ma garde m’accompagnaient, nous découvrîmes, dans une partie des plus épaisses du bois, une petite cabane.