Mes Indiens allèrent tout de suite la cerner au pas de course; mais presque tout autour se trouvait une espèce de marais recouvert d’herbes et de broussailles, où tous les trois enfoncèrent jusqu’à la ceinture.
Comme je courais moins vite qu’eux, je m’aperçus du danger, et tournai le marais pour aborder la case par le seul endroit accessible.
Tout à coup je me trouvai face à face avec Cajoui, pouvant presque le toucher.
J’avais mon poignard à la main, lui aussi avait le sien; la lutte s’engagea.
Pendant quelques secondes nous nous portâmes des coups multipliés, que chacun de nous évitait comme il le pouvait; je crois cependant que la chance tournait contre moi; la pointe du poignard de Cajoui m’était déjà entrée assez profondément dans le bras droit, lorsque de la main gauche je pus prendre à ma ceinture un pistolet d’assez fort calibre; je le lui déchargeai en pleine poitrine: la balle et la bourre lui traversèrent le corps.
Pendant quelques secondes, Cajoui chercha encore à se défendre; mais je le poussai vigoureusement, je le fis tomber à mes pieds, et lui arrachai alors son poignard, que je conserve encore.
Mes gens, étant sortis de leur bourbier, vinrent me rejoindre.
La compassion remplaça bientôt l’animosité que nous avions contre Cajoui.
Nous fîmes un brancard, je bandai sa plaie, et pendant plus de six lieues nous le transportâmes ainsi jusqu’à mon habitation, où je lui fis donner tous les soins que réclamait son état.
D’un moment à l’autre je croyais qu’il allait rendre l’âme; de quart d’heure en quart d’heure mes gens venaient me donner de ses nouvelles, et toujours ils me disaient: