J’aurais aussi voulu le conserver, comme un document curieux de la superstition indienne.
Le lendemain, j’eus beaucoup de peine à décider mon gros curé, le père Miguel, à enterrer Cajoui dans le cimetière; il prétendait qu’un homme qui était mort ayant sur lui de l’anten-anten ne pouvait pas être enterré en lieu saint.
Il fallut, pour le convaincre, lui dire que l’anten-anten avait été ôté à Cajoui avant sa mort, et qu’il avait eu le temps de se repentir.
Quelques jours après la mort de Cajoui, ce fut au tour de mon fidèle Alila d’affronter un danger non moins imminent que celui auquel je m’étais exposé lors de mon combat avec ce chef de bandits.
Mais Alila était brave, et, quoiqu’il n’eût pas d’anten-anten, une arme à feu ne lui faisait pas peur.
De grandes embarcations, véritables arches de Noé, chargées de marchands forains, partaient toutes les semaines du bourg de Pasig pour se rendre à celui de Santa-Cruz, où, le jeudi, se tenait un grand marché.
Huit bandits entreprenants et déterminés s’embarquèrent sur un de ces bateaux; ils cachèrent leurs armes dans des ballots de marchandises.
A peine l’embarcation avait-elle pris le large, qu’ils les saisirent, et commencèrent une horrible scène de carnage.
Tous ceux qui voulurent leur résister furent égorgés, le pilote lui-même fut jeté à l’eau; enfin, ne trouvant plus de résistance, ils dévalisèrent tous les passagers de l’argent qu’ils avaient sur eux, leur prirent tout ce qu’ils trouvèrent d’objets précieux, et, chargés de butin, ils conduisirent l’embarcation sur une plage déserte, où ils débarquèrent.
J’avais été prévenu de cette audacieuse entreprise, et m’étais rendu à la hâte à l’endroit où ils avaient mis pied à terre.