Malheureusement j’étais arrivé trop tard, et ils fuyaient déjà vers les montagnes, après s’être partagé leur butin.
Malgré le peu d’espoir que j’avais de les atteindre, je me mis cependant à leur poursuite, et, après une assez longue marche, un Indien que je rencontrai me prévint que l’un de ces bandits, moins bon marcheur que les autres, n’était pas très-éloigné, et que si mes gardes et moi nous courions bien, nous pourrions l’atteindre.
Alila était mon meilleur coureur, il avait toute la légèreté du cerf; aussi lui dis-je:
«Pars, Alila, et, mort ou vif, amène-moi ce fuyard.»
Mon brave lieutenant, pour moins d’embarras dans sa course, nous laissa son fusil, prit une lance, et partit.
Peu d’instants après l’avoir perdu de vue, nous entendîmes la détonation d’une arme à feu; ce ne pouvait être que le bandit qui avait tiré sur Alila, et nous pensâmes tous qu’il était mort ou blessé.
Nous hâtâmes le pas, dans l’espoir d’arriver encore à temps pour le secourir; mais bientôt nous l’aperçûmes revenant tranquillement vers nous.
Il avait la figure et ses vêtements couverts de sang, dans la main droite sa lance, et dans la gauche la hideuse tête du bandit, qu’il tenait par les cheveux, comme Judith autrefois celle d’Holopherne.
Mais mon pauvre Alila était blessé, et mon premier soin fut d’examiner si la blessure était grave. Après m’être assuré qu’elle n’offrait aucun danger, je lui demandai quelques détails sur son combat:
—«Maître, me dit-il, peu de temps après vous avoir quitté, j’aperçus le bandit; il me vit aussi, lui, et se mit à se sauver le plus bravement possible; mais je courais mieux que lui, et je le serrais de près. Lorsqu’il eut perdu l’espoir de m’échapper, il se retourna vers moi et me présenta un pistolet. Je n’eus pas peur, et m’avançai quand même... Le coup partit, et je me sentis blessé à la figure; cette blessure ne m’arrêta pas: je fonçai sur lui et lui traversai le corps avec ma lance, et comme il était trop lourd pour vous l’apporter, je lui ai coupé la tête, que voici!»