—«Allons, aujourd’hui Bermigan, et dans quelques jours, peut-être demain, ce sera mon tour. Vois, mon cher don Pablo: je puis dire que je n’existe plus. Regarde mes jambes, mon corps, je ne suis plus qu’un squelette, je ne peux plus prendre aucune nourriture. Ah! il vaut mieux mourir que de vivre comme cela!»
J’étais si persuadé que son pressentiment ne tarderait pas à se vérifier, que j’osais à peine lui donner quelques paroles de consolation et d’espérance.
Qui m’eût dit alors que lui seul et moi survivrions à tous ceux qui nous entouraient, tous si pleins de vie et de santé!
Mais, hélas! n’anticipons pas sur l’avenir.
Le pauvre Bermigan rendit le dernier soupir.
La maison de Jala-Jala n’était plus vierge; une créature humaine venait d’y expirer, et le lendemain, tristes et silencieux, nous nous rendions tous au cimetière pour y déposer notre ami et lui rendre les derniers devoirs.
Son corps fut placé au pied d’une grande croix qui occupait le centre du cimetière, et pendant plusieurs jours la tristesse et le silence régnèrent dans la maison de Jala-Jala.
Quelque temps après, j’eus le bonheur de voir mes efforts couronnés de succès pour mon ami Lafond.
A la suite de violents remèdes que je lui administrai, sa santé revint tout à coup, et peu de temps après l’appétit.
Bientôt il fut en état de s’embarquer pour la France.