«Voilà une femme que je te donne; sois bon mari, traite-la bien. Et toi, femme, voilà ton mari; sois-lui fidèle. Allez, que Dieu vous bénisse! décampez, et que je ne vous revoie plus.»

Il était toujours sans le sou, ou tout à coup se voyait riche de sommes assez fortes, qui, en peu de jours, étaient dissipées.

Il empruntait à tout le monde, ne rendait jamais, vivait comme un véritable Indien, et était poltron comme une poule mouillée.

Ses cheveux blonds, sa figure blafarde et sans barbe lui avaient fait donner par les Indiens le surnom de Ouela-Dougou, paroles tagales qui voulaient dire: Qui n’a point de sang.

Un jour que je traversais le lac dans une petite pirogue avec lui et deux Indiens, nous fûmes surpris par un de ces terribles coups de vent des mers de Chine que l’on nomme tay-foung.

Ces coups de vent, qui sont extrêmement rares, sont effrayants.

Le ciel se couvre de gros nuages, la pluie tombe à torrent, la lumière du jour disparaît presque comme dans nos plus sombres brouillards, et le vent souffle avec une telle furie, qu’il renverse tout ce qui se trouve sur son passage[2].

Nous étions donc dans notre pirogue: à peine le vent commença-t-il à souffler avec toute sa force, que Balthazar se mit à invoquer tous les saints du paradis.

Dans sa désolation, il criait à haute voix: «O mon Dieu! moi qui suis un si grand pécheur, faites-moi la grâce que je puisse me confesser et recevoir l’absolution!»

Toutes ses jérémiades et ses cris ne faisaient qu’épouvanter mes deux Indiens; et certes notre position était assez critique pour tâcher de conserver notre présence d’esprit, afin de manœuvrer notre frêle embarcation, qui d’un moment à l’autre allait être submergée.