Cependant j’étais certain qu’armée de ses deux grands balanciers en bambou elle pouvait parfaitement se tenir entre deux eaux et ne pas chavirer, si nous avions la précaution et la force de fuir devant le temps, et de ne pas présenter le côté à la lame; car dans ce cas nous eussions tous péri.

Ce que je prévoyais arriva.

Une lame vint déferler sur nous; pendant quelques secondes nous fûmes totalement engloutis; mais, la lame passée, nous revînmes au-dessus de l’eau.

Notre pirogue resta submergée entre deux eaux, mais nous ne l’avions pas abandonnée, nous avions passé nos jambes sous les bancs, où nous nous tenions fortement cramponnés; nous avions tout le haut du corps au-dessus de l’eau.

Toutes les fois qu’une lame s’avançait sur nous, elle nous passait par-dessus la tête, s’éloignait, et nous avions alors le temps de respirer jusqu’à ce qu’une autre lame vînt encore nous atteindre.

A chaque trois ou quatre minutes, la même manœuvre se répétait.

Mes Indiens et moi nous mettions alors toute notre force et notre adresse à toujours fuir devant le temps.

Balthazar avait fini ses jérémiades, le plus grand silence régnait parmi nous; seulement je prononçais de temps en temps ces quelques mots: «Courage, enfants! nous arriverons.»

Pour empirer notre triste position, la nuit était venue.

La pluie continuait à tomber à torrents, le vent redoublait de fureur.