De temps en temps nous étions éclairés par des globes de feu semblables à ce que les marins appellent feu de saint Elme.
Dans ces moments de rayons de lumière, je portais les yeux au loin, mais je n’apercevais que l’immensité des eaux en fureur.
Pendant deux heures à peu près nous fûmes ainsi ballottés par la lame, qui cependant peu à peu nous poussait vers une plage; et au moment où nous y pensions le moins, nous nous trouvâmes au milieu d’un énorme buisson de hauts bambous.
Je reconnus alors que nous étions sur la plage, et que le lac avait débordé à plusieurs milles dans les terres.
Nous avions de l’eau jusqu’à la poitrine, et il n’était pas possible de traverser l’inondation.
L’obscurité était trop grande pour pouvoir prendre une direction quelconque; notre pirogue, engagée dans les bambous, ne pouvait plus nous servir.
Tay-Foung.—Naufrage.
Nous nous hissâmes comme nous pûmes au milieu du buisson, jusqu’à la hauteur où les bambous se terminent en flèches; nous avions le corps déchiré par les épines aiguës qui garnissent toujours les petites branches; la pluie continuait à tomber sans interruption, le vent soufflait toujours, et chaque rafale faisait plier les bambous, dont les branches flexibles venaient nous déchirer le corps et la figure.
J’ai bien souffert dans ma vie; mais jamais nuit ne me parut si longue et si cruelle!