Joaquin Balthazar recouvra alors la parole, et d’une voix tremblante et saccadée il me dit:
«Ah! don Pablo, écrivez, je vous en prie, à ma mère la fin tragique de son malheureux fils!...»
Je ne pus m’empêcher de lui répondre:
«Maudit poltron!... crois-tu que je sois plus à mon aise que toi?... Tais-toi, sinon je vais te faire faire le plongeon pour ne plus t’entendre.»
Le pauvre Joaquin prit alors son parti, et ne prononça plus une parole; seulement, de temps en temps, il faisait connaître sa douleur par de profonds soupirs.
Le vent, qui avait soufflé à l’est et au nord, vers les quatre heures du matin passa subitement à l’est, et peu de temps après cessa tout à coup.
Il était presque jour, nous étions sauvés.
Nous pûmes alors nous reconnaître: nous avions tous les quatre un aspect déplorable; nos vêtements étaient en lambeaux.
Nous avions tout le corps flagellé et couvert de profondes écorchures.
Le froid avait pénétré jusque dans la moelle de nos os, et le long bain que nous venions de prendre avait ridé notre peau; nous ressemblions à des noyés retirés des eaux après y avoir demeuré plusieurs heures.