Tous les meubles et ornements de ma maison avaient été brisés et mis en pièces; toutes les chambres étaient inondées, tous les greniers remplis de sable apporté par les eaux du lac.

Bientôt toute la maison fut le refuge de mes colons; tous avaient passé une nuit affreuse et étaient sans asile.

Le soleil vint enfin briller de tout son éclat; le ciel était sans nuages. Mais quelle tristesse s’empara de moi lorsque j’examinai d’une fenêtre les désastres produits par le tay-foung!

Plus de villages! toutes les cabanes avaient été rasées..., l’église renversée! mes magasins, mon usine à sucre entièrement perdus; ce n’étaient plus que monceaux de ruines.

Mes beaux champs de cannes étaient tout à fait détruits, et la campagne, si belle douze heures auparavant, paraissait avoir souffert comme après un long hiver.

On ne voyait plus aucune verdure, les arbres étaient entièrement dépouillés de leurs feuilles, les branches hachées, des portions de bois entièrement renversées; et tout ce bouleversement s’était opéré en quelques heures!

Dans la journée et le lendemain, le lac rejeta sur la plage plusieurs cadavres de malheureux Indiens qui avaient péri! Le premier soin du père Miguel fut de leur donner la sépulture, et longtemps après on voyait encore dans le cimetière de Jala-Jala quelques croix, avec l’inscription: Inconnu mort pendant le tay-foung.

Mes Indiens se mirent tout de suite à reconstruire leurs cabanes, et moi à réparer autant que possible mes désastres.

La nature féconde des Philippines eut bientôt effacé l’aspect de deuil qu’elle avait pris.

En moins de huit jours les arbres se couvrirent complétement de nouvelles feuilles, et donnaient déjà le spectacle d’un bel été après celui d’un hiver affreux.