Le bandit fit d’abord sortir les propriétaires de la cabane, et quand il les vit hors de danger, il prit sa carabine et se mit à faire feu sur les soldats, qui de leur côté ripostèrent et tirèrent sur la cabane.
Quand elle fut criblée de balles et que l’on vit que le bandit ne ripostait plus, un soldat s’approcha et mit le feu à la case, tant on avait peur de le trouver encore vivant!
Ces rendez-vous nocturnes m’ayant amené à parler de Tapuzi, je ne puis m’empêcher de consacrer quelques lignes à cette singulière retraite, où des hommes proscrits par la loi vivent dans un accord si rare et une union si parfaite.
Tapuzi[4], qui en langue tagale veut dire bout du monde, est un petit village situé dans l’intérieur des montagnes, à vingt-cinq lieues à peu près de Jala-Jala.
Il a été formé par des bandits et des échappés de galères qui vivent librement, se gouvernent eux-mêmes, et sont entièrement à l’abri, par la position inaccessible qu’ils occupent, de toutes les poursuites que pourrait ordonner contre eux le gouvernement espagnol.
J’avais souvent entendu parler de ce singulier village; mais je n’avais jamais pu rencontrer une personne qui l’eût visité, et qui pût, par conséquent, me donner des détails positifs.
Je me décidai un jour à faire moi-même le voyage. Je ne communiquai mon projet qu’à mon lieutenant, qui me dit:
«Maître, je trouverai sans doute là quelques-uns de mes anciens camarades, et ainsi nous n’aurons rien à craindre.»
Nous partîmes au nombre de trois, prétextant un autre voyage que celui que j’entreprenais.
Nous marchâmes pendant deux jours au milieu des montagnes par des routes presque impraticables.