Le troisième, nous arrivâmes à un torrent dont le lit était encombré d’énormes blocs de pierre.

Les bords, éloignés l’un de l’autre d’une vingtaine de pas, s’élevaient perpendiculairement comme deux hautes murailles dont le sommet, à environ mille mètres d’élévation, se rapprochait sensiblement, et ne laissait qu’une faible ouverture par où passaient quelques rayons de lumière qui pouvaient à peine éclairer la partie où nous cheminions en sautant d’un bloc de pierre à l’autre.

Cette gorge, ou ce ravin, était la seule route par laquelle on pouvait arriver à Tapuzi: c’était le rempart naturel et inexpugnable qui défendait le village contre l’invasion des sbires espagnols.

Mon lieutenant venait de me dire:

«Regardez, maître, au-dessus de votre tête: les habitants de Tapuzi connaissent seuls les sentiers qui conduisent au sommet des montagnes. Sur toute la longueur du ravin, ils ont placé d’énormes pierres qu’ils n’ont qu’à pousser pour les précipiter sur ceux qui voudraient venir les attaquer; une armée entière ne pourrait pas pénétrer chez eux s’ils voulaient s’y opposer.»

Je vis effectivement que nous nous trouvions dans une position qui n’avait rien de rassurant, et que, si les Tapuziens nous prenaient pour des ennemis, nous ne pouvions leur opposer aucune défense. Mais nous étions engagés; il n’y avait pas moyen de reculer, et il fallait poursuivre jusqu’à Tapuzi.

Nous avions marché plus d’une grande heure dans cette gorge, lorsqu’un énorme bloc de rocher vint, en tombant perpendiculairement, se briser en éclats à une vingtaine de pas devant nous: c’était un avertissement.

Nous nous arrêtâmes, et déposâmes nos armes à terre. Peut-être un bloc pareil à celui qui venait de tomber devant nous était-il suspendu au-dessus de nos têtes, prêt à nous écraser...

Un cri se fit entendre devant nous. Je dis à mon lieutenant de s’avancer seul, sans armes, dans la direction d’où il était parti.

Quelques minutes après, il revint accompagné de deux Indiens qui, assurés par lui de mes intentions toutes pacifiques à leur égard, venaient nous chercher pour nous conduire au village.