Aussitôt qu’un jeune homme a dit à ses père et mère qu’il a des préférences pour une jeune Indienne, ceux-ci se rendent un soir chez les parents de celle-ci, et, après avoir eu avec eux une conversation indifférente, la mère du poursuivant présente une piastre à celle de la prétendue.

Le prétendant est admis, si elle accepte; et alors elle va aussitôt employer cette piastre en bétel et en vin de cocos.

Pendant une grande partie de la nuit, toute la société mâche le bétel et boit le vin de cocos, et l’on parle de tout autre chose que de mariage.

Les jeunes gens ne se montrent qu’après que la piastre a été acceptée, parce qu’alors ils considèrent cette acceptation comme préliminaire de leur union.

Le lendemain, le jeune homme se présente chez les parents de sa fiancée. Il est reçu comme l’enfant de la maison; il y couche, y loge, prend part à tous les travaux, et surtout à ceux particulièrement à la charge de la jeune fille.

Il commence alors un service qui dure plus ou moins longtemps, deux, trois ou quatre ans, pendant lesquels il faut qu’il s’observe bien; car si on a quelques reproches à lui faire, il est renvoyé, et ne peut plus prétendre à la main, de celle qu’il voulait épouser.

Les Espagnols ont fait tout ce qu’ils ont pu pour supprimer cette habitude, à cause des inconvénients qu’elle entraîne après elle.

Souvent un père, pour avoir à son service un homme qui ne lui coûte rien, fait durer indéfiniment cet état de servitude, et quelquefois renvoie celui qui déjà a passé deux ou trois ans chez lui, pour en prendre un autre sous le même titre de prétendant.

Mais il arrive aussi que si les deux fiancés se fatiguent, ils usent alors des droits du mariage avant la cérémonie; et un jour la jeune fille prend son amant par les cheveux, le conduit chez le curé du village, auquel elle dit:

«Qu’elle vient de l’enlever, qu’ainsi il faut les marier.»