«Un jeune homme et une jeune fille s’étaient unis; ils ne possédaient rien, pas même un abri. Pendant plusieurs années la jeune femme fut bien malheureuse! enfin ses malheurs eurent une fin, et un jour elle se vit dans une belle case qui lui appartenait; elle devint mère d’une jolie petite fille; le jour de ses couches, un ange lui apparut et lui dit: Rappelle-toi ton mariage et le temps de misère que tu as passé. Je prends l’enfant qui vient de naître sous ma protection; lorsqu’elle sera grande et belle fille, et que tous les jeunes gens rechercheront son alliance, ne la donne qu’à celui qui lui bâtira un temple où il y aura dix colonnes, composées chacune de dix pierres. Si tu n’exécutes pas mes ordres, ta fille sera malheureuse comme tu l’as été.»
Après ce petit discours, l’avocat adverse prit la parole et dit:
«Il y avait une reine dont le royaume était sur le bord de la mer.
«Parmi les lois de son gouvernement, il en existait une qu’elle faisait observer avec la plus grande rigueur.
«Tous les navires qui arrivaient dans un port de ses États ne pouvaient, d’après cette loi, jeter leur ancre que par une profondeur de cent brasses; celui qui enfreignait cette loi était mis à mort sans pitié.
«Il advint un jour qu’un brave marin fut surpris par une grande tempête.
«Après bien des efforts pour sauver son navire, il fut obligé d’entrer dans ce port et d’y mouiller, quoique son câble ne fut seulement que de quatre-vingts brasses; il préférait mourir sur l’échafaud, plutôt que de perdre son navire avec l’équipage.
«La reine, courroucée, le fit venir en sa présence; il se jeta à ses pieds, lui dit qu’une force majeure l’avait obligé à enfreindre ses lois, et que, n’ayant que quatre-vingts brasses de câble, il ne pouvait par conséquent mouiller par cent: ainsi, qu’il la suppliait de lui pardonner.»
Là se termina son discours.
L’autre avocat reprit et dit: