«La reine, touchée de la prière et de l’impossibilité où se trouvait le pauvre capitaine de jeter son ancre par cent brasses, lui pardonna, et fit bien.»
A ces dernières paroles, la joie se répandit sur tous les visages, les musiciens commencèrent à jouer de la guitare.
Le fiancé et la fiancée, qui s’étaient tenus dans une chambre voisine, se présentèrent.
Le jeune homme ôta de son cou son rosaire, le passa à celui de sa fiancée, et prit le sien pour remplacer celui qu’il venait de lui donner. La nuit se passa en danses, et la cérémonie du mariage, toute chrétienne comme chez nous, fut remise à la huitaine.
Maintenant je vais, telle que je la reçus, donner l’explication des discours des avocats, que je n’avais pas trop compris.
La mère de la fiancée s’était mariée sans dot, elle avait été malheureuse; le temple que l’ange lui avait dit de demander pour sa fille était une maison; et les dix colonnes composées de dix pierres chacune voulaient dire qu’avec la maison il fallait une somme de 100 piastres (500 francs).
Le discours de l’avocat du jeune homme signifiait qu’il consentait à donner la maison, puisqu’il n’en parlait pas; mais que, ne possédant que 80 piastres, il se jetait aux pieds des parents de sa fiancée, afin que les 20 piastres qui lui manquaient ne fussent pas un obstacle à son union. Le pardon accordé par la reine était celui du jeune homme, qui était accepté avec 80 piastres seulement.
La servitude qui précède le mariage, et dont je viens de parler, était pratiquée bien avant la conquête des Espagnols. Elle prouve l’origine que j’attribue aux Tagalocs, que je fais descendre des Malais, qui, étant tous musulmans, auront conservé quelques usages de nos anciens patriarches.
La dernière cérémonie, celle du mariage à l’église, est toute chrétienne, ainsi que je viens de le dire. Le jour où elle a lieu se termine par une grande fête, un banquet et la danse.
Dans quelques bourgs, la fête dure trois jours. Pendant ces trois jours, les époux sont obligés de tenir table ouverte et splendidement servie pour tous ceux qui se présentent, connus ou inconnus. Le troisième jour, la marraine de la mariée distribue à chaque assistant ou convive une tasse en porcelaine de Chine, et celui qui la reçoit est obligé d’y déposer une pièce de monnaie et d’aller l’offrir à la mariée. Cette offrande est destinée à son mariage, et en quelque sorte à l’indemnité de l’énorme sacrifice qu’elle a fait pendant les trois jours de fête.