Un soir qu’il m’était mort un énorme chien de cette race unique aux Philippines, d’une taille au-dessus de toutes celles connues en Europe, je le fis traîner sur la plage; je me cachai dans un petit buisson, et j’attendis, avec mon fusil bien préparé, qu’un caïman se présentai pour l’enlever.

Mais bientôt le sommeil me gagna...

Quand je me réveillai, le chien avait disparu. Heureusement que le caïman ne s’était pas trompé de proie.

Après quelques années, on n’en voyait plus aux environs du village de Jala-Jala, lorsqu’un matin, me trouvant avec mes bergers à quelques lieues de ma maison, il nous fallut traverser une rivière à la nage. L’un d’eux me dit:

«Maître, les eaux sont hautes, nous sommes ici dans des parages où il y a beaucoup de caïmans: un malheur est bientôt arrivé. Remontons un peu la rivière, nous passerons dans un endroit où il y aura moins d’eau.»

Nous allions changer de direction, lorsqu’un d’eux, plus imprudent que tous les autres, dit:

«Moi, je n’ai pas peur des caïmans!» et lança son cheval à l’eau.

A peine fut-il au milieu de la rivière, que nous vîmes un caïman d’une taille monstrueuse s’avancer vers lui.

Nous jetâmes tous un cri pour le prévenir; il aperçut aussi le danger, et, pour l’éviter, il descendit de son cheval du côté opposé à celui par où le caïman se dirigeait vers lui, et nagea de toutes ses forces pour regagner le bord.

Il avait déjà touché terre; mais il eut l’imprudence de s’arrêter derrière le tronc d’un arbre qui avait été renversé par le courant, et où il avait de l’eau jusqu’aux genoux.