J’aurais voulu le transporter tel qu’il était à mon habitation, mais c’était impossible; il nous eût fallu une embarcation du port de cinq ou six tonneaux, et nous ne pouvions pas nous la procurer.

Un autre voulait la peau; les Indiens demandaient la chair pour la boucaner, et s’en servir comme spécifique contre la maladie de l’asthme. Ils disaient que tout asthmatique qui se nourrit pendant quelque temps de cette chair est infailliblement guéri.

Un troisième voulait la graisse pour les douleurs rhumatismales.

Et enfin mon bon curé demandait, lui, que nous lui ouvrissions l’estomac, pour voir combien de chrétiens le monstre avait pu ensevelir.

«Chaque fois, disait-il, qu’un caïman mange un chrétien, il avale en même temps un gros caillou: ainsi, le nombre de caillons que nous lui trouverons dans l’estomac indiquera positivement celui des fidèles auxquels son énorme estomac aura servi de sépulture.»

Pour contenter tout le monde, j’envoyai chercher une hache, afin de couper la tête que je me réservais, abandonnant le reste à tous ceux qui avaient pris part à la capture.

Ce ne fut pas chose facile de séparer cette tête. La hache entrait dans les chairs jusqu’au milieu du manche sans atteindre les os; enfin, après bien des efforts, nous y parvînmes.

Alors nous ouvrîmes l’estomac, et retirâmes par quartiers le cheval qui avait été dévoré le matin.

Le caïman ne mâche pas; il coupe avec ses énormes dents un quartier, et l’avale.

Nous retrouvâmes donc tout le cheval divisé en sept ou huit pièces; ensuite, à peu près cent cinquante livres de cailloux, de la grosseur du poing à celle d’une noix.