Lorsque mon curé vit cette grande quantité de cailloux, il ne put s’empêcher de dire:

«Allons, c’est un conte; il est impossible que cet animal ait jamais avalé un si grand nombre de chrétiens.»

Il était huit heures du soir lorsque nous terminâmes la curée; j’abandonnai le corps à nos aides, et je fis transporter la tête sur une embarcation, pour la conduire à ma maison.

J’aurais bien désiré conserver cette tête monstrueuse à peu près dans l’état où elle se trouvait; mais il me fallait une grande quantité de savon arsenical, et j’en manquais.

Je pris le parti de la disséquer, et d’en conserver le squelette.

Je la pesai avant d’en détacher les ligaments; son poids était de quatre cent trente livres; sa longueur, depuis le museau jusqu’à la première vertèbre, était de cinq pieds.

Je retrouvai toutes mes balles, qui s’étaient aplaties sur les os du palais et des mâchoires, comme elles eussent pu faire sur une plaque de fonte.

Le coup de lance qui lui avait donné la mort était un hasard, une espèce de miracle.

A l’instant où l’Indien avait frappé de sa masse la hampe, le fer était entré par la nuque dans la colonne vertébrale, et avait pénétré dans la moelle épinière, seule partie vulnérable.

Après que cette tête formidable fut bien préparée et que les os furent desséchés et blanchis, je fus heureux de l’offrir à mon ami George Russell, qui depuis l’a déposée au musée de Boston.