L’autre monstre dont j’ai promis la description, le serpent boa, est très-commun aux Philippines, mais il est rare d’en voir d’une grande dimension.
Il est possible, probable même, que ce reptile, pour arriver à une taille monstrueuse, doit vivre plusieurs siècles; mais comme il est difficile pour un animal quelconque de vivre un grand laps de temps sans éprouver des accidents qui mettent fin à son existence, ce n’est que dans les plus sombres forêts et les lieux les plus sauvages que l’on rencontre des boas qui aient atteint toute leur grosseur.
J’en avais vu souvent d’une dimension ordinaire, telle que ceux que l’on voit dans nos cabinets.
Il y en avait même qui habitaient ma maison, et une nuit j’en trouvai un, long de deux mètres, en possession de mon propre lit.
Plusieurs fois, en me promenant dans les bois avec mes Indiens, nous entendions les cris perçants d’un sanglier.
Nous nous dirigions aussitôt à l’endroit d’où partaient ces cris, et presque toujours nous apercevions un pauvre sanglier saisi au milieu du corps par un boa qui l’avait enlacé dans ses replis, et peu à peu le hissait en haut de l’arbre où il avait pris son point d’appui pour saisir sa proie.
Lorsqu’il l’avait élevé à une certaine hauteur, il le pressait contre l’arbre avec tant de force, qu’il l’étouffait et lui brisait les os.
Alors il le laissait tomber, descendait de l’arbre, et se préparait à l’avaler.
Cette dernière opération était beaucoup trop longue pour en attendre la fin, car elle nécessitait plusieurs jours sans doute.
Pour simplifier la chose, j’envoyais une balle dans la tête du boa; mes Indiens en prenaient la chair pour la boucaner et s’en servir comme aliment, et la peau pour faire des gaînes de poignard.