Il n’est pas besoin de dire que le sanglier n’était pas oublié; c’était une proie qui nous avait coûté peu de peine.

Un jour, un Indien trouva un de ces reptiles endormi après avoir avalé une énorme biche; il était si monstrueux, qu’il eût été nécessaire d’une charrette et d’un buffle pour le transporter au village. L’Indien se contenta de le couper par morceaux, et d’emporter sa charge de chair.

Ayant été prévenu, j’envoyai tout de suite chercher les restes; on m’apporta un tronçon d’environ huit pieds de long, et si énorme, qu’après en avoir desséché la peau, elle pouvait, comme un manteau, envelopper un homme de la plus haute stature.

J’en fis cadeau à mon ami Hamilton Lindsay.

Je n’avais pas encore vu vivants de ces monstrueux reptiles, dont les Indiens me parlaient tant et toujours avec un peu d’exagération, lorsqu’une après-midi, traversant les montagnes avec deux de mes bergers, notre attention fut éveillée par les aboiements continuels de mes chiens, qui paraissaient attaquer un animal décidé à se défendre.

Nous crûmes d’abord que c’était un buffle qu’ils avaient débusqué, et qui leur faisait tête; nous nous approchâmes avec précaution.

Mes chiens étaient éparpillés sur les bords d’un ravin profond, dans lequel nous aperçûmes un superbe boa.

Le monstre élevait sa tête à la hauteur de cinq à six pieds, la dirigeait d’un bord à l’autre; il menaçait de sa langue fourchue les ennemis qui l’attaquaient; mais les chiens, plus lestes que lui, l’évitaient facilement.

Ma première pensée fut de lui tirer une balle dans la tête; mais l’idée me vint de m’en emparer tout vivant, et de l’envoyer en France.

Assurément c’eût été le plus monstrueux boa que jamais on y eût vu.