Pour exécuter mon projet, nous fîmes des lacs en rotin d’une force telle, qu’ils auraient pu résister au plus furieux buffle sauvage.
Avec beaucoup de précaution nous pûmes passer un de nos lacs au cou du boa; puis nous le liâmes fortement à un arbre, de manière à lui tenir la tête à la hauteur à peu près de six pieds de terre.
Cela fait, nous passâmes de l’autre côté du ravin, et lui jetâmes un autre lacet que nous amarrâmes comme le premier.
Lorsqu’il se sentit pris des deux côtés et dans l’impossibilité presque de remuer sa tête, il se replia sur lui-même, et enlaça plusieurs petits arbres qui étaient à sa portée sur le bord du ravin.
Malheureusement pour lui, tout cédait à ses efforts; il déracinait les jeunes arbres, en broyait les branches, et faisait rouler des pierres énormes à l’endroit où il cherchait vainement à prendre le point d’appui qui lui manquait; mais les lacets étaient solides, et résistaient à toute sa furie.
Pour transporter un animal comme celui-là, il eût fallu plusieurs buffles et tout un attirail de cordes.
La nuit approchait: nous avions confiance dans nos lacets; nous nous promîmes de revenir le lendemain avec tout ce qui serait nécessaire pour terminer notre chasse. Mais nous comptions sans notre hôte: dans la nuit le boa changea de direction, reploya son corps au-dessus de l’endroit qu’il occupait lorsque nous l’avions enlacé, prit un point d’appui à d’énormes blocs de basalte, et fit de tels efforts que les lacs cédèrent et se rompirent à l’endroit où il était saisi.
Quand je me fus assuré que notre proie nous était échappée et qu’aucune recherche dans les environs ne pouvait nous la faire découvrir, mon désappointement fut très-grand, car je doutais que jamais pareille occasion pût se retrouver.
Du reste, les accidents occasionnés par ces énormes reptiles sont très-rares; une seule fois j’ai eu connaissance qu’un homme avait été leur victime.
Voici comment: