L’agriculture, aux Philippines, présente bien des difficultés; mais aussi elle donne des produits que l’on ne peut trouver dans aucun autre pays.

Les années exemptes de calamités, la terre se couvre de richesses, toutes les denrées coloniales se produisent avec une abondance extraordinaire; il n’est pas rare que la production soit dans la proportion de quatre-vingts pour un, et sur beaucoup de plantations on fait deux récoltes du même produit dans la même année.

La richesse et l’immensité des pâturages donnent la facilité d’élever un grand nombre de bestiaux, qui ne coûtent absolument que les faibles gages payés par le propriétaire à quelques bergers.

Je possédais sur mon habitation trois troupeaux: un de bêtes bovines, de trois mille têtes; un autre de huit cents buffles, et l’autre de six cents chevaux.

A une époque de l’année, lorsque les riz étaient récoltés, les bergers parcouraient les montagnes, et chassaient tous les bestiaux vers une grande plaine peu éloignée de ma maison.

Cette plaine se couvrait de ces trois espèces, et présentait, surtout pour le propriétaire, un coup d’œil admirable; le soir, ils étaient conduits dans de grands enclos, près du village.

Le lendemain, on choisissait les bœufs qui étaient bons pour la boucherie, les chevaux en âge d’être domptés, et les buffles assez forts pour être employés au labourage; puis les troupeaux étaient reconduits à la plaine, pour y rester jusqu’au soir.

Cette opération se prolongeait pendant une quinzaine de jours, après lesquels on leur donnait la liberté jusqu’à l’année suivante, à la même époque.

Le troupeau en liberté se divisait par petites bandes dans les montagnes et dans les pâturages qu’ils avaient l’habitude de fréquenter; et pour tous soins les bergers faisaient de temps en temps une promenade dans les lieux où ils pâturaient.

Tout prospérait autour de moi: mes Indiens étaient heureux aussi, et avaient pour moi un respect et une obéissance qui allaient presque jusqu’à l’idolâtrie.