Mon frère me secondait dans mes travaux, et auprès de ma chère Anna j’oubliais toutes les fatigues et les contrariétés que je pouvais éprouver.

Bientôt un nouvel espoir vint encore ajouter au bonheur que je lui devais, et me la rendre plus chère.

Depuis quelques mois, la santé d’Anna s’était altérée; elle avait eu des symptômes de grossesse. Cependant il y avait près de douze années que nous étions unis, et jamais elle n’avait donné aucun signe de maternité.

J’étais si persuadé que nous n’aurions jamais d’enfants, que le dérangement de sa santé me donnait de vives inquiétudes, lorsqu’un matin, partant pour aller à mes travaux, elle me dit:

«Je ne me sens pas bien; reste près de moi aujourd’hui.»

Deux heures après, à ma grande surprise, elle mettait au monde une petite fille qui n’était attendue de personne. Elle n’était pas arrivée à terme, et vécut seulement pendant une heure, le temps de recevoir le baptême, que je m’empressai de lui donner.

C’était la seconde créature humaine qui expirait dans la maison de Jala-Jala, mais aussi c’était la première qui y recevait le jour!

Le chagrin que nous en ressentîmes fut adouci par la certitude que ma chère Anna pouvait devenir mère dans des conditions plus favorables. Sa santé fut bientôt rétablie, elle reprit sa gaieté et tous ses charmes.

Elle était si belle, que souvent des Indiennes faisaient de longs voyages uniquement pour la voir; elles lui disaient:

«Madame, nous sommes enceintes; si nous devons avoir une petite fille, nous voudrions qu’elle eût vos traits: permettez-nous donc de vous regarder quelque temps.»