Alors elles demeuraient devant elle pendant une demi-heure, et retournaient dans leur village, où elles mettaient au monde une créature qui n’avait rien du modèle qu’elles avaient observé avec tant de soin et une confiance aussi naïve.
Mon Anna donna de nouveaux signes de maternité. Cette fois, sa grossesse suivit un cours ordinaire sans que sa santé en fût très-altérée, et au bout de neuf mois je reçus dans mes bras un petit garçon faible et délicat, mais plein de vie.
Nous étions au comble du bonheur, nous possédions enfin ce que nous avions tant désiré, et ce qui seul nous manquait, je crois.
Mes Indiens manifestèrent tous une grande joie.
Pendant plusieurs jours ce furent des fêtes continuelles à Jala-Jala, et mon Anna, quoique alitée, fut obligée de recevoir d’abord la visite de toutes les femmes et jeunes filles du village, ensuite celle de tous les Indiens pères de famille.
Chacun apportait un petit présent pour le nouveau-né, et le plus habile était chargé de faire un petit compliment qui se résumait en des souhaits de toute espèce de bonheur pour la mère et pour l’enfant, et en assurances de la joie qu’ils avaient de penser qu’un jour ils seraient gouvernés par le fils du maître qui leur avait fait tant de bien, nous disaient-ils dans leur sincère reconnaissance.
La nouvelle des couches de ma femme amena chez moi une nombreuse société d’amis et de parents.
Ils y restèrent jusqu’au baptême, qui eut lieu dans mon salon.
Anna, presque entièrement rétablie, put y assister; mon fils fut nommé Henri, du nom de son oncle.
A cette époque j’étais heureux, oh! bien heureux! car tous mes vœux étaient presque remplis.