Pendant quelques mois qu’il séjourna à Cavite, notre liaison devint intime.

Il était bien rare si nous passions un jour sans nous voir, et jamais deux amis n’ont eu l’un pour l’autre un plus sincère dévouement.

Nos deux navires étaient mouillés dans le port, à peu de distance l’un de l’autre.

Un jour que je me promenais sur le pont, attendant une embarcation pour me conduire à bord du navire de Malvilain, qui, dans ce moment, faisait faire une manœuvre pour la mâture, une corde vint à se rompre, et le mât tomba avec fracas sur le pont, au milieu des hommes de l’équipage où Malvilain se trouvait.

De mon navire je voyais tout ce qui se passait sur celui de mon ami.

Je crus qu’il était mort ou blessé; j’eus un moment d’angoisse et d’inquiétude que je ne pus maîtriser. Je me jetai à l’eau, et atteignis à la nage le navire de mon ami que j’eus le bonheur de trouver sans blessure, et seulement tout étourdi du danger auquel il venait d’échapper.

Après l’avoir étroitement serré dans mes bras, tout ruisselant encore du bain de mer d’où je sortais, je donnai mes soins à quelques matelots de son équipage qui avaient été moins heureux que lui.

Une autre fois, c’était moi qui devais causer une vive frayeur à Malvilain.

Un jour, une masse de nuages noirs et compactes s’étaient amoncelés au-dessus de la pointe de Cavite, et un épouvantable orage des tropiques avait éclaté.

Les coups de tonnerre se succédaient de minute en minute, et à chaque coup la foudre en longs serpents de feu s’échappait des nuages, et venait labourer la petite plaine située à l’extrémité de la pointe de Cavite, près du mouillage des navires.