Malgré cet orage, j’allai voir Malvilain. J’étais déjà prêt à mettre le pied sur le pont de son navire, lorsque la foudre tomba dans la mer, mais si près de moi, que la respiration me manqua.
Je ressentis tout à coup une vive souffrance dans le dos, aussi forte que si l’on m’avait appliqué un tison ardent entre les deux épaules; la douleur fut si aiguë, qu’à peine revenu à moi je jetai un cri.
Malvilain, qui se trouvait à quelques pas, se sentait lui-même tout étourdi de la commotion électrique dont je venais d’être légèrement atteint. Il crut, en entendant ce cri, que j’étais grièvement blessé. Il se précipita vers moi, et me tint dans ses bras jusqu’à ce que je l’eusse rassuré à plusieurs reprises. L’étincelle m’avait frôlé, mais n’avait produit aucune lésion.
J’ai cité ces deux petites anecdotes pour faire connaître toute l’intimité qui existait entre nous, et combien j’ai été frappé dans mes plus chères affections.
Mon existence a été jusqu’au jour où j’écris si pleine de faits extraordinaires, que j’ai été naturellement conduit à croire que la destinée de l’homme est soumise à un ordre qui doit infailliblement s’accomplir.
Cette pensée a eu une grande influence pour me résigner à supporter tous les malheurs qui m’ont affligé.
Était-ce aussi bien ma destinée qui m’avait conduit à aimer Prosper de Malvilain, et à être aussi sincèrement aimé de lui?—Je ne puis en douter.
Quelques jours avant que le terrible fléau du choléra se déclarât aux Philippines, le navire de Malvilain mit à la voile pour retourner en France.
Le cœur serré, nous nous quittâmes en nous promettant bien de part et d’autre de nous revoir... Mais, hélas! le sort en avait décidé autrement.
Malvilain retourna dans son pays, alla à Nantes pour y prendre un commandement; là il fit connaissance avec ma sœur aînée, et l’épousa.