J’avais appris cette nouvelle à l’époque où j’habitais encore Manille; elle m’avait causé une grande joie, et certes si j’avais été à même de choisir un mari pour ma chère sœur Émilie, cette union seule eût pu répondre aux souhaits de bonheur que je formais pour tous les deux.
Après son mariage, Prosper de Malvilain avait continué à naviguer pour le port de Nantes.
Son noble caractère et ses connaissances l’avaient fait apprécier de tout le haut commerce.
Ses affaires étaient dans une assez bonne position pour ne plus exposer sa vie aux hasards de la mer; il était enfin à son dernier voyage lorsqu’à l’île Maurice il fut atteint d’une maladie à laquelle il succomba, en laissant ma sœur inconsolable et trois filles en bas âge!
Cette nouvelle perte irréparable que je venais d’apprendre ajoutait encore à la douleur que m’avait fait éprouver la fin malheureuse de mon pauvre frère.
Quelle calamité ne pesait pas alors sur moi!
Après quelques années de bonheur, je voyais peu à peu disparaître de ce monde mes plus chères affections; mais, hélas! je n’étais pas encore au bout de mes douleurs, et de bien plus rudes épreuves m’attendaient!
Je voyais avec plaisir mon fils d’une bonne santé, et prendre des forces. Cependant je n’étais pas heureux, et à la tristesse que m’avaient laissée les pertes que je venais de faire se joignit une mortelle inquiétude: ma chère Anna ne s’était pas bien remise de ses couches, et de jour en jour sa santé s’altérait; elle ne connaissait pas son état; son bonheur d’être mère était si grand, qu’elle ne pensait pas du tout à elle.
J’avais terminé ma récolte de sucre, elle avait été abondante; mes plantations étaient faites.
Désirant donner un peu de distraction à ma femme, je lui proposai d’aller passer quelque temps chez sa sœur Joséphine, qu’elle aimait avec une véritable passion. Elle accepta avec empressement.