Nous partîmes avec notre cher Henri et sa nourrice; nous allâmes nous installer chez mon beau-frère don Julien Calderon, qui habitait alors une jolie maison de campagne sur le bord de la rivière de Pasig, à une demi-lieue de Manille.
Joséphine était l’une des trois sœurs de ma femme pour qui j’avais le plus d’affection; je l’aimais comme ma propre sœur.
Le jour de notre arrivée fut un jour de fête. Tous nos amis de Manille vinrent nous voir.
Anna était si heureuse de faire admirer notre cher Henri, que sa santé parut s’améliorer sensiblement; mais ce bien apparent ne dura que quelques jours, et bientôt j’eus la douleur de voir son mal s’aggraver.
J’appelai le seul médecin de Manille en qui j’eusse confiance, mon ami Genu; il vint fréquemment la voir, et, après six semaines de soins assidus sans aucun résultat satisfaisant, il me conseilla de retourner à mon habitation, où tant de malades avaient recouvré la santé dans des maladies semblables à celle qui affectait ma chère Anna. Elle-même le désirant, je fixai le jour du départ.
Une embarcation commode, avec de bons rameurs, nous attendait sur le Pasig, à l’extrémité du jardin de mon beau-frère, et une nombreuse société nous accompagna jusqu’au bord de l’eau.
Au moment de nous séparer, une sombre tristesse était peinte sur toutes les physionomies; chacun avait l’air de se dire: «Nous reverrons-nous?»
Ma belle-sœur Joséphine, qui versait d’abondantes larmes, se jeta dans les bras d’Anna. J’eus beaucoup de peine à les séparer; enfin, il fallut partir.
J’entraînai ma femme dans l’embarcation, et, de la voix, ces deux sœurs, qui avaient toujours eu l’une pour l’autre une amitié si tendre, se firent leurs derniers adieux, en se promettant de ne pas être longtemps séparées et de se revoir bientôt.
Ces pénibles adieux et les souffrances de ma femme firent qu’un voyage que nous avions toujours fait avec tant de gaieté fut triste et silencieux.