A notre arrivée, je ne revis point non plus Jala-Jala avec le même bonheur que d’ordinaire; je fis mettre ma pauvre malade au lit, et ne quittai plus sa chambre, espérant que mes soins assidus lui donneraient un peu de soulagement.
Mais, hélas! de jour en jour la maladie faisait des progrès effrayants; j’étais désespéré.
J’écrivis à Joséphine, et envoyai une embarcation à Manille pour qu’elle vînt soigner sa sœur, qui désirait ardemment la voir.
L’embarcation revint seule, avec une lettre dans laquelle la bonne Joséphine m’apprenait qu’elle-même, gravement malade, ne quittait pas son lit; qu’elle était bien affligée, mais que je pouvais assurer Anna que bientôt elles seraient réunies pour ne plus se séparer.
Cinquante jours, plus longs qu’un siècle, s’étaient à peine écoulés depuis notre retour à Jala-Jala, que je n’avais plus d’espoir!
La mort s’approchait à grands pas, et l’instant fatal où j’allais être séparé de celle que j’aimais tant était arrivé.
Elle conservait toute sa raison, et pouvait voir ma profonde tristesse et mes traits bouleversés par la douleur.
Quand elle sentit sa dernière heure arriver, elle m’appela près d’elle, et me dit:
«Adieu, mon Paul chéri, adieu! Console-toi, nous nous reverrons dans le ciel. Conserve-toi pour ton fils. Quand je ne serai plus, retourne dans ta patrie, pour revoir ta vieille mère. Ne te remarie qu’en France, si ta mère te le demande, mais non aux Philippines, car tu n’y trouverais pas une compagne qui t’aimerait autant que je t’ai aimé!»
Ces paroles furent les dernières que prononça cet ange de douceur et de bonté. Les liens les plus sacrés, la plus tendre et la plus pure union venaient de se rompre: mon Anna n’existait plus.