Je tenais son corps inanimé entre mes bras, j’espérais par mes caresses le rappeler à la vie; mais, hélas! le destin avait prononcé.
On fut obligé d’employer la force pour m’arracher les précieux restes que je pressais sur mon cœur, et m’entraîner dans une chambre voisine où était mon fils.
En le pressant dans mes bras convulsivement, j’aurais voulu pleurer; mais mes yeux n’avaient plus de larmes, et j’étais insensible aux caresses mêmes de mon pauvre enfant.
Il n’y a point de nature assez forte pour résister à cinquante jours de veilles et d’inquiétudes, et à l’anéantissement dans lequel se trouvent le physique et le moral, après que le désespoir a remplacé la lueur d’espérance qui nous soutenait encore; aussi tombai-je dans un affaissement qui fut suivi d’un profond sommeil.
Je me réveillai le lendemain avec mon fils entre mes bras; mais, grand Dieu! quel épouvantable réveil! Tout ce que ma position avait d’horrible vint se représenter à mon imagination. Hélas! elle n’existait plus, mon adorable compagne, cet ange chéri et consolateur qui avait tout abandonné, parents, amis, et les plaisirs d’une capitale, pour se renfermer avec moi seul dans des lieux sauvages où elle était exposée à mille dangers, et n’avait que moi pour la soutenir! Elle n’existait plus! le sort funeste venait de me l’arracher, et me plonger pour toujours dans la désolation et la douleur!
Ses funérailles eurent lieu le lendemain.
Pas un habitant de Jala-Jala ne manqua d’y assister.
Son corps fut déposé près de l’autel de la modeste église que j’avais fait élever, et où si souvent elle avait adressé des vœux ardents pour mon bonheur.
Le deuil et la consternation régnèrent longtemps à Jala-Jala.
Tous mes Indiens se montrèrent sensibles à la perte qu’ils venaient de faire. Anna avait été aimée avec idolâtrie pendant sa vie, elle fut pleurée sincèrement après sa mort.