Pendant plusieurs jours je demeurai plongé dans un complet abattement, sans pouvoir m’occuper d’autres soins que de ceux que je donnais à mon fils, seule consolation qui me restait.

Trois semaines s’étaient déjà écoulées sans que je fusse sorti de la chambre où avait expiré ma pauvre femme, lorsque je reçus une lettre de Joséphine.

Elle m’apprenait que sa maladie s’était aggravée, et terminait en me disant:

«Viens, mon cher Paul, viens près de moi, nous pleurerons ensemble; je sens que ta présence me soulagera.»

Je ne balançai pas à me rendre aux sollicitations de ma chère Joséphine.

J’avais pour elle la même affection que pour ma propre sœur; ma présence pouvait la soulager, et je sentais moi-même que ce serait pour moi une grande consolation de voir une personne qui avait tant aimé mon Anna.

L’espoir de lui être utile ranima un peu mon courage; je laissai mon habitation aux soins de Prosper Vidie, un excellent ami qui pendant les derniers jours de ma femme ne m’avait point quitté, et je partis avec mon fils.

Après la première émotion que nous ressentîmes, Joséphine et moi, en nous revoyant, et que nous eûmes tous deux versé bien des larmes, j’examinai son état.

Il me fallut un grand effort pour lui cacher mon inquiétude en reconnaissant en elle une des maladies les plus graves, et qui me faisait craindre d’avoir bientôt à déplorer un nouveau malheur. Hélas! je prévoyais trop bien: huit jours plus tard, la pauvre Joséphine, dans des souffrances inouïes, expirait dans mes bras.

Que d’infortunes dans un si court laps de temps! Il fallait être doué d’une constitution aussi forte que la mienne pour résister à tant de douleurs et ne pas y succomber.