L’amour de la patrie, la pensée d’y retrouver des affections dont j’avais tant besoin était un baume salutaire qui endormait un peu des souffrances toujours vibrantes au fond du cœur.

Mes Indiens étaient profondément affligés de la résolution que j’avais prise de les quitter.

Ils me témoignaient leur chagrin en me disant, toutes les fois qu’ils m’abordaient:

«O maître, que deviendrons-nous lorsque nous ne vous verrons plus?»

Je les tranquillisais le plus qu’il m’était possible en leur disant que Vidie travaillerait à leur bonheur; que, mon fils devenu grand, je reviendrais avec lui pour ne plus les quitter. Ils me répondaient:

«Que Dieu vous entende, maître! Mais que de temps nous passerons sans vous voir!... Cependant nous ne vous oublierons point.»

A l’époque à laquelle je suis arrivé de mes souvenirs, au milieu de ma tristesse et de mes chagrins, j’eus l’occasion de me lier intimement avec un compatriote, digne et bon ami pour lequel je conserve toujours cette sincère amitié qui a pris naissance dans un pays étranger, à quelques milliers de lieues de la patrie: je veux parler d’Adolphe Barrot, qui avait été envoyé consul général à Manille.

Il vint avec quelques amis passer plusieurs jours à Jala-Jala. Ne voulant point qu’il eût à souffrir de ma situation d’esprit, je tâchai de lui rendre le séjour de Jala-Jala aussi agréable que possible.

Je lui fis faire plusieurs belles parties de chasse, des promenades dans les montagnes et sur le lac; je repris pour lui ma vie habituelle avant les malheurs qui venaient de m’accabler.