Vue de Jala-Jala.—Servante dévorée par un caïman. Page 296.

Chapitre XIX.

Voyage chez les Négritos ou Ajetas.—Le bambou.—Le cocotier.—Le bananier.

Les jours que je venais de passer avec Adolphe Barrot m’avaient rappelé mes anciens exercices, et avaient réveillé en moi ma passion dominante des excursions.

Mon ami Vidie, toujours en vue de me distraire, m’engageait fortement à aller voir des peuplades que j’avais toujours eu le désir de visiter.

Mes affaires étaient à peu près réglées; mon fils était sous sa surveillance, sous celle de sa nourrice et d’une gouvernante en qui j’avais toute confiance: cette sécurité et les instances de mon ami me décidèrent enfin à me rendre chez les Ajetas ou Négritos, peuples sauvages, tout à fait dans l’état de simple nature, véritables aborigènes des Philippines, et qui furent longtemps les seuls maîtres de Luçon.

A une époque qui n’est pas encore bien éloignée, lors de la conquête par les Espagnols, les Ajetas exerçaient des droits seigneuriaux sur les populations tagales établies sur les plages du lac de Bay.

A jour fixe, ils sortaient de leurs forêts, venaient dans les villages, dont ils forçaient les habitants à leur donner une certaine quantité de riz et de maïs; et lorsque les Tagalocs refusaient de payer cette contribution, ils la remplaçaient en coupant quelques têtes qu’ils emportaient pour leurs fêtes barbares.