Après la conquête des Philippines, les Espagnols prirent la défense des Tagalocs; et les Ajetas, épouvantés par les armes à feu, restèrent dans leurs forêts, et ne reparurent plus chez les populations indiennes.
Dans plusieurs parties de la Malaisie on retrouve la même race d’hommes, et les habitants de la Nouvelle-Zélande, les Papouins, leur sont presque semblables par leurs formes et leur couleur.
Ce fut parmi ces sauvages que je voulus aller habiter pendant quelques jours.
Mes préparatifs furent bientôt faits.
Je choisis deux de mes meilleurs Indiens pour m’accompagner; et il va sans dire que mon lieutenant en faisait partie; il ne m’a jamais quitté dans toutes mes périlleuses expéditions.
Nous prîmes chacun un petit havresac qui contenait pour trois ou quatre jours de riz, un peu de viande de cerf boucanée, une bonne provision de poudre, des balles et du plomb à giboyer, quelques mouchoirs de couleur, et une assez forte quantité de cigares pour notre provision et notre bienvenue chez les Ajetas.
Chacun de nous avait un bon fusil à deux coups et son poignard.
Nos vêtements étaient ceux que nous portions habituellement dans toutes nos expéditions: le salacot, la chemise de soie végétale, le pantalon relevé jusqu’au-dessus des genoux; les pieds et les jambes restaient à découvert.
Ce fut après ces simples préparatifs que nous nous mîmes en route pour un voyage de plusieurs semaines, durant lequel, et dès le second jour de notre départ, nous devions avoir pour seul abri les arbres de la forêt, et pour toute nourriture notre chasse et les palmiers.
Je me gardai bien aussi d’oublier le vade-mecum que je prenais toujours avec moi lorsque je m’éloignais pour quelques jours; je veux dire du papier et un crayon. Je prenais ainsi quelques notes qui, aidées de ma mémoire, me servaient à consigner ensuite sur mon journal les remarques que j’avais faites pendant mes voyages.