Tout étant préparé, nous partîmes un matin de Jala-Jala; nous traversâmes la presqu’île formée par mon habitation, et nous allâmes nous embarquer, de l’autre côté, dans une petite pirogue qui nous conduisit au fond du lac, dans la partie nord-est de mon habitation.
Nous passâmes la nuit dans le grand village de Siniloan, et le lendemain nous nous remîmes de bonne heure en route.
Cette première journée fut pénible, car nous étions au commencement de la saison des pluies; de forts orages avaient grossi les rivières.
Nous côtoyâmes les bords d’un torrent qui descendait des montagnes, et que nous eûmes à traverser à la nage quinze fois dans la journée.
Nous arrivâmes vers le soir au pied des montagnes où commencent les forêts d’arbres gigantesques qui occupent à peu près tout le centre de Luçon.
Là, nous fîmes notre première halte; nous allumâmes nos feux, nous préparâmes nos lits et notre souper.
Je crois avoir déjà dit ce que nous appelions nos lits; l’habitude et la fatigue nous les faisaient trouver délicieux, lorsque nul accident ne venait troubler notre sommeil.
Mais je n’ai encore rien dit de la composition fort simple de nos repas et de la manière dont nous les préparions.
Il nous fallait faire cuire notre riz et notre palmier, opération qui pourrait sembler embarrassante, car nous ne portions pas avec nous de grands ustensiles de cuisine; le briquet même et l’amadou nous manquaient le plus souvent. Le bambou suppléait à tout.
Le bambou est une des trois plantes des tropiques que la nature, dans sa bienfaisante prévoyance, paraît avoir données aux hommes pour suffire à une foule de besoins.