Le bruit des vagues augmentait sensiblement. Vers trois heures de l’après-midi, à travers les arbres, nous aperçûmes la clarté du soleil, et un instant après nous contemplions la mer, et une magnifique plage recouverte d’un sable fin et brillant.

Notre premier mouvement à tous les trois fut de nous débarrasser de nos vêtements et de nous jeter au milieu des vagues; et, tout en prenant un bain salutaire, nous nous amusâmes à détacher des rochers une grande quantité de coquillages qui nous servirent à faire le repas le plus savoureux que nous eussions pris, hélas! depuis notre départ.

Après nous être bien restaurés, nous pensâmes au repos; nous en avions grand besoin.

Ce n’était plus sur des morceaux de bois noueux et inégaux que nous allions nous reposer, mais sur le sable moelleux que nous offrait la grève, tiède encore des derniers feux du jour.

Il était presque nuit lorsque nous nous étendîmes sur cette couche, préférable pour nous au meilleur lit de plume.

Nos sacs nous servaient d’oreillers; nous plaçâmes nos armes bien amorcées à côté de nous, et quelques minutes après nous dormions tous trois d’un profond sommeil.

Je ne sais combien de temps j’avais joui de son charme réparateur, lorsque je fus réveillé par l’impression douloureuse d’animaux qui se promenaient sur moi. Je sentais comme l’empreinte de griffes aiguës qui labouraient mon épiderme, et me causaient parfois une vive douleur.

La même sensation venait de réveiller aussi mes Indiens; nous réunîmes quelques tisons qui brûlaient encore, et nous pûmes reconnaître quel nouveau genre d’ennemis venaient nous assaillir: c’étaient des Bernard-l’ermite[1], et en si grande quantité que tout le sol autour de nous en était parsemé; il y en avait de toutes les grosseurs et de tous les âges.

Nous balayâmes le sable autour de notre gîte, espérant les éloigner et retrouver quelque repos; mais les importuns ou bien plutôt les affamés Bernard-l’ermite revinrent bientôt à la charge, et ne nous laissaient ni paix ni trêve.

Nous étions occupés à repousser cette agression, lorsque tout à coup nous aperçûmes sur la lisière de la forêt une clarté qui s’avançait vers nous; nous prîmes nos fusils, et attendîmes dans un profond silence et une complète immobilité.