Je donnai la préférence au premier qui m’avait invité; je trouvai chez lui une hospitalité des plus affectueuses.

A peine arrivé, la maîtresse de la maison voulut elle-même me laver les pieds, et me prodiguer les petits soins qui me prouvaient le plaisir qu’ils ressentaient tous deux de la préférence que je leur avais accordée.

Pendant que je soupais et savourais de bons aliments, la case où j’étais se remplit de jeunes filles qui me regardaient avec une curiosité vraiment comique.

Lorsque j’eus terminé, la conversation avec mon hôte commençait un peu à me fatiguer; j’avais un grand désir de m’étendre dans un bon lit (c’est-à-dire sur une natte), lorsque mon Tagaloc me dit:

«Monsieur, vous êtes fatigué, il faut aller vous reposer: choisissez, entre ces jeunes filles, la plus belle pour vous tenir compagnie.»

J’étais, hélas! trop rempli de souvenirs récents et douloureux, pour accepter l’offre singulière de mon amphitryon.

Je me contentai de noter sur mon journal la manière excentrique, à Binangonan-de-Lampon, de fêter ses visiteurs.

Je demandai à l’Indien si cet usage était général; il me répondit:

«Oui, mais nous le pratiquons seulement à l’égard des étrangers remarquables par leur rang et leur couleur.»

Je passai trois jours chez les bons Tagalocs de Binangonan, qui m’avaient reçu et fêté comme un véritable prince.